 Il est des succès qui ne passent pas inaperçus. Celui que réalise le quotidien arabophone « Al-Massae », depuis son lancement, en est un. Comment expliquer alors qu’en l’espace d’une année, cette publication devient le support phare de la presse nationale ? Premier tirage marocain (200 000 exemplaires en moyenne), elle a vu ses ventes passer de 40 000- à sa création en septembre 2006- à plus de 120 000 actuellement. Si le sérieux et la crédibilité de ce journal sont indéniables, la réponse tient, c’est un secret de polichinelle, à un nom : Rachid Niny. Véritable « grande gueule », ce journaliste de 37 ans ne cesse de faire des fans auprès des jeunes et moins jeunes. Dans son édition du 18 septembre 2007, un article, dans le quotidien français Le Monde, le qualifie même de « Robin des bois marocain». La raison ? Une colonne « Chouf tchouf », publiée en dernière page, où Niny tire, six jours sur sept, sur tout ce qui bouge. Dans un style satirique, où se mêlent l’arabe classique et le dialectal, il dénonce des magouilles, des affaires de corruption, des abus de pouvoir d’hommes politiques, des injustices quotidiennes dont sont victimes ses compatriotes, etc. Et pour cela, on le taxe de « populiste ». Mais, l’homme a sa réponse : « Si vous voulez dire que je réclame la justice sociale, pour ceux qui ne peuvent pas se défendre, alors oui, je suis populiste ! Ecrire, pour moi, c’est protester ! ». Niny fait aussi des émules auprès de ses confrères. « On me dit démago, homophobe, islamiste, conservateur,… Peu importe. Ceux qui me critiquent sont souvent des confrères jaloux. Je les comprends ! C’est humain, la jalousie ! ». A Rabat, où il habite, Rachid reçoit chaque matin, dans son café habituel, des dizaines de citoyens. Ils viennent lui parler de leurs doléances, et partager avec lui leurs difficultés quotidiennes. Sollicité de toutes parts, il reçoit également des dizaines de mail par jour, et son téléphone n’arrête pas de sonner. Outre l’écriture, Rachid Niny se consacre à d’autres passions : poésie, peinture, cinéma, arts martiaux… Son histoire est aussi celle d’un travailleur qui a vécu clandestinement en Espagne, pendant près de 3 ans, vivotant avec de petits boulots (maçon, videur, agriculteur). Il en a tiré un livre « journal d’un clandestin », best-seller, traduit en arabe et en espagnol. Son rêve ? Construire un groupe de presse fort, influent et indépendant. « Indépendant des institutions, mais pas du peuple. Le peuple, c’est ma cause. Je ne serai jamais indépendant de lui ! », s’amuse-t-il à dire. Mehdi Kamal Benslimane |