L'ombre de Ben Barka perturbe la visite de Nicolas Sarkozy au Maroc
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Écrit par lam
24-10-2007
RABAT - L'affaire jamais élucidée de la disparition du leader de la gauche marocaine Mehdi Ben Barka, qui a longtemps empoisonné les relations entre Paris et Rabat, a rejailli avec force lors de la visite du président français Nicolas Sarkozy au Maroc.
Alors qu'il venait d'arriver lundi à Marrakech pour une visite d'Etat de trois jours, une chaîne de télévision française annonçait que le juge d'instruction chargé du dossier de la disparition en 1965 à Paris de l'opposant marocain venait de signer cinq mandats internationaux visant notamment le puissant chef de la gendarmerie royale.
"Le juge a signé les mandats la semaine dernière, mais bien sûr que la date de l'annonce a été choisie à dessein pour coïncider avec la visite de Sarkozy", a affirmé mardi à l'AFP Me Maurice Buttin, avocat de la famille Ben Barka depuis 42 ans.
"Il fallait réveiller les esprits endormis depuis quatre ans et cette affaire Ben Barka fait partie des relations entre la France et le Maroc", a-t-il ajouté faisant allusion à la commission rogatoire internationale lancée en 2003 contre un certain nombre de personnes impliquées dans cette disparition.
Parmi les cinq personnes visées par le juge Patrick Ramaël, figurent notamment le puissant chef de la gendarmerie royale le général Hosni Benslimane, un fidèle serviteur du trône.
Les autres sont le général (à la retraite) Abdelhak Kadiri, ancien patron de la Direction générale des études et de la documentation (DGED, renseignement militaire), Miloud Tounsi, alias Larbi Chtouki, l'un des membres présumés du commando marocain qui a enlevé l'opposant marocain, Boubker Hassouni, infirmier et agent du Cab 1, une des unités des services marocains ultra secrète; Abdelhak Achaachi, également agent du Cab 1.
Cette annonce a plongé dans l'embarras la délégation française. Le président Sarkozy a déclaré que la justice était "indépendante". Interrogé sur la concomitance avec sa visite, il a répondu: "je n'y suis pour rien, je ne suis pas le porte-parole" (du ministère de la Justice).
Rachida Dati, ministre français de la Justice, s'est montrée aussi circonspecte. "Les Marocains ne m'en ont pas parlé. Je n'ai pas de commentaires à faire car c'est une affaire en cours d'instruction", a-t-elle dit.
En revanche, les Marocains ont manifesté leur agacement. "On a voulu gâcher la fête que représentait la visite de Sarkozy mais nous sommes habitués à ce que certains veuillent troubler l'excellence des relations entre les deux pays", a indiqué à l'AFP une source proche du ministère marocain de la Justice.
"Le Maroc réagira en temps opportun et n'a rien à cacher dans cette affaire", a ajouté cette source.
"Il faut chercher la vérité là où elle se trouve et le roi a déjà affirmé que la famille de Ben Barka avait le droit de savoir, mais il faut choisir le timing, et là il y a trop de coïncidences", a dit à des journalistes un député proche du roi Mohammed VI.
Mehdi Ben Barka, leader de l'opposition marocaine en exil et figure emblématique du tiers-monde, a disparu le 29 octobre 1965 devant la brasserie Lipp à Paris lors d'une opération menée par les services du roi Hassan II du Maroc avec la complicité de policiers et de truands français.
Cette affaire retentissante n'a jamais été élucidée malgré deux instructions judiciaires: le corps de Ben Barka n'a toujours pas été retrouvé et les conditions de sa mort n'ont pas été établies.